07h.
« Réveille-toi. Puis putain ton téléphone il sonne depuis tout à l'heure. »
Cela faisait deux heures que je dormais. Ma soeur, quant à elle, semble ne pas avoir fermer l'oeil. Pas un seul. Je sors la tête de l'oreiller. En gémissant. Un texto. Du portable de sa mère à lui. Il fait ça quand lui n'a pas de réseau de là où il est.
« J'ai rencontré une fille. Et je me suis rendu compte que si je t'aimais autant que toi, je ne serais pas tombé amoureux d'ELLE. Je te demande pardon. »
Je le relis une deuxième fois. Un peu pour me donner du temps. D'assimiler, comprendre & réagir comme il le faudrait. Pas le temps. La main sur mon visage, je sens le sanglot venir. Il arrive & je ne peux même pas m'y opposer. Il y a longtemps que j'ai laissé toute émotion me submerger sans que je n'y fasse quoique ce soit.
« C'est moi, qu'elle me dit. C'est moi, c'est une blague. »
Je ne l'entends pas. Qu'est ce qu'elle veut. Elle n'a pas lu, vu. Elle ne sait pas. Alors qu'est ce qu'elle veut. Parfois je me dis, les soeurs sont des ennemis. Elles veulent nous piller les os. A cet instant, je pensais au sachet surprise que je lui prépare le long de son mois d'absence. Pour qu'il soit content à son retour. Des petits cadeaux. Des pensées. Parce que me retrouver ça ne suffit pas. Je ne suffit jamais. Et là je comprends. Oui. Ma soeur est une conne. Elle venait, durant mon sommeil, d'échanger dans mon répertoire son numéro à elle & celui de la mère de mon petit ami. Envoyant un message de son portable qui apparaitrait, ni vu ni connu, comme provenant tout droit d'Australie. Humour. Humour, je te déteste. Donc, je comprends & lui envoie un "Va te faire foutre" en sortant des draps comme sortirait de la brume, un assassin. J'entre dans les toilettes. Il n'y a pas de lumière. Le courant a disjoncté hier soir. Raison de plus. Je m'effondre dans le noir. Quelques secondes. Le temps de faire couler de la morve jusque sur mes lèvres. Le temps de me faire rappeler que j'étais une imbécile. Une profonde idiote. Moi, la grande au coeur de plastique & à l'oeil de vautour qui crache volontiers sur les amoureux transits. Ivres d'amour. Me voilà en train de le pleurer. Je retourne dans ma chambre. Elle est sur le lit. Elle rigole.
« Tu fais la gueuuleeee? C'était pour rire.
J'ai l'air de bien le prendre? C'est le pire réveil de mon existence. »
Est-ce que je m'entendais parler là? Je venais de dire qu'apprendre que mon petit ami en aime une autre est un réveil monstre. Le pire de tous. Depuis ma naissance. Je dois drôlement tenir à lui, non? Vous trouvez pas? Je suis certainement naïve. Une naïve du premier degré. Celle qui tombe dans toutes les flaques d'eau & qui se prend tous les panneaux de la voie rapide. En plein dans le ventre.
Il fait gris aujourd'hui. Les éclaircies apparaitront dans l'après-midi. Je ne pourrais pas sourire. Pas naturellement. Je viens de m'avouer folle. Je viens de m'avouer faible. D'une faiblesse commune. Banale. Triste à mourir. Je suis comme vous toutes. Le monde s'écroule sans mon masculin. Il me retient donc debout. Il m'est nécessaire. Indispensable. Qu'il le veuille ou non. Je vais avoir du mal à me séparer de lui quand viendra le moment venu. S'il vient. Je vais tacher de l'attendre comme attendrait l'assassin devant sa TV. Il attend qu'on parle de lui. Qu'on parle de lui comme d'un homme qu'on ne connait pas. Mais qui a commit. L'irréparable.



