J'écoute ; Silverstein - Discovering The Waterfront ♪
Mood : peinée
Picture ♠
Vidéo ♣«
Est ce que tu sais que l'oubli ne résout rien? »
Il était 22:00 & je venais de prendre de plein fouet, comme une vague un peu trop brutale, une phrase qui n'avait rien à faire dans le contexte. Cela faisait plusieurs jours que nous ne nous étions pas vus. Il était assis sur son lit, au bout & moi j'aspirais son odeur dans ses draps chauds.
« Qu'est ce que tu fais?
Je roule un joint & je te dis que l'oubli ne résout rien. »
Je regardais son plafond. Je regardais ses murs. Je le regardais lui. Il fait son boulot, il le fait bien. On dirait même qu'il a fait ça toute sa vie. Je crois qu'il essayait de me provoquer, de me dire, oui on va fumer, oui on va planer mais tu vas rester sur terre parce que tu vas me causer. Je n'avais rien à lui dire, rien de plus que ce qu'il savait déjà.
«
T'es amoureuse pas vrai? »
Il l'allume, tire une puis deux bouffés. Nous sommes dans un espace-temps flou, que je ne contrôle pas. Cependant ses questions me sautent à la gorge. J'ignore s'il s'en rend compte.
«
Pourquoi quand on te parle d'amour tu fuis? Pourquoi t'as réponse à tout sauf à ça? »
« Passe moi le joint tu sais pas de quoi tu parles. »
Bien sûr que je savais de quoi il parlait, qu'il était même pas très loin de la plaque en fin de compte. J'ai un orgueil démesuré, qui m'étouffe de plus en plus. Je ne sais pas admettre l'inadmissible. Je ne sais pas faire grand chose de mes dix doigts quand on y réfléchit bien. Mais maintenant je fumais cette merde depuis la semaine dernière & je fumais ça bien.
«
C'est doux un nuage pas vrai? Et surtout, me sort pas l'explication débile du "je sais pas t'as d'ja touché un nuage toi?" Parce que toi tu baises même avec. »
Je ne pouvais pas me tromper, il me parlait, c'était moi le destinataire. Il ne faisait que de répéter "Toi..toi..toi" Mais moi, j'en avais rien à foutre. Si j'étais venue là c'était certainement pas pour l'entendre me parler. J'avais besoin de cette merde dans la gorge, j'avais besoin de savoir qu'elle irait se coller sur mes poumons, les noircir un peu. Mes poumons sont un peu trop vierges à mon goût. Cette pensée était stupide.
Il est maintenant 23:30. Je ne sais plus combien de taff j'ai pris. Combien de petits voyages je venais de m'offrir. Il était sympa lui. C'est un gentil copain.
« Ecoute, faut que t'arrête de ma faire chier avec tout ça Jim. Non mais sérieusement tu m'emmerdes. Et puis si on suit ta logique, j'aime un nuage mais je suis une pomme ; figure toi que les pommes ont des pépins. En plein dans le ventre. Tu crois qu'ils sont là par hasard? Ce sont mes douleurs. Laisse-les où elles sont. »